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04 avril 2012

"Les banques françaises font leur travail"

Retrouvez l'interview de Frédéric Oudéa, Président de la FBF, dans le Figaro du 4 avril 2012.

 

Le Figaro : La campagne électorale semble avoir pris les banques pour cible. L’une des critiques qui vous est le plus souvent adressée concerne le financement de l’économie. Selon les politiques, les entreprises françaises manquent de crédit. Est-ce exact ?

Frédéric Oudéa : Le crédit reste très dynamique en France. Sa croissance est supérieure à ce qu'on constate partout ailleurs en Europe, y compris en Allemagne. Les derniers chiffres disponibles, à fin février, le prouvent.[...]

Les difficultés de l'économie française sont ailleurs. Elles touchent à l'équilibre de nos comptes publics, à la compétitivité de notre économie, en particulier à l'export, et à l'insuffisance des taux de marge de nos entreprises qui limite leur capacité d'investissement. Or, c'est l'investissement qui sera un des moteurs de la croissance des prochaines années.

Le Figaro : Le crédit est cependant un facteur déterminant de croissance …

Frédéric Oudéa : L'enjeu, en Europe aujourd'hui, est bien de trouver un modèle de croissance durable avec moins de dette, publique comme privée. C'est une évolution structurelle, qui concerne, de manière différenciée, les pays et leur secteur bancaire. Le crédit doit rester maîtrisé et de ce point de vue, il est légitime que les Etats s'attachent à réformer le système là où il a été défaillant et coûté très cher au contribuable. [...]

Le Figaro : Vous évoquiez la nécessité de relancer l’investissement. Comment faire ?

Frédéric Oudéa : Ni la dépense publique, ni la consommation ne tireront à la hausse la croissance future. Ce sera l'investissement privé, celui des entreprises. Mais d'où viendront les capitaux nécessaires ? En France, nous n'avons pas de fonds de pension et la réglementation internationale qui se met en place dissuade à la fois les banques et les compagnies d'assurance d'investir en actions. Et les Français hésitent à investir leur épargne en actions, à cause de l'évolution des marchés boursiers au cours des dernières années. Quel que soit le résultat des élections, il faudra définir une véritable stratégie d'allocation de l'épargne. L'erreur serait de la diriger principalement vers l'immobilier, la dette d'Etat et les placements très liquides. Il faut au contraire encourager l'épargne longue investie dans les fonds propres des entreprises.

Le Figaro : A quoi ont servi les 1000 milliards d’euros prêtés récemment par la Banque centrale européenne aux banques ?

Frédéric Oudéa : D'abord ces 1000 milliards se sont en partie substitués à des financements de plus court terme de la BCE qui existaient déjà. Et cette somme ne représente que 6% du total des financements bancaires faits à l'économie européenne.

Cela dit, cette intervention de la BCE a eu un impact considérable : c'est un filet de sécurité qui a donné du temps. A la fois aux Etats, pour engager leurs politiques de réformes structurelles, et aux banques, pour réaliser leur adaptation à un nouvel environnement réglementaire et de marché.

Le Figaro : Cela signifie-t-il que la crise est derrière nous ?

Frédéric Oudéa : Cela a fait disparaître les peurs les plus extrêmes quant à la solvabilité des Etats et des banques et à la survie de la zone euro. La BCE a rassuré les marchés, et cette accalmie des marchés donne aux banques les moyens de continuer à faire leur travail. [..] Le besoin de réformes reste intact : nous avons simplement gagné le fait d'avoir deux à trois ans pour remettre de l'ordre dans la maison euro.

Le Figaro : Redoutez-vous que l’Europe ou la France impose aux banques de séparer leurs activités de dépôts de leurs métiers de marchés ?

Frédéric Oudéa : Au niveau international, personne n'envisage une séparation complète, un " découpage " des banques. [...] Ce schéma serait très difficile à appliquer en France notamment pour les banques mutualistes. Aux Etats-Unis, la règle Volcker propose d'interdire aux banques de dépôts toute activité purement spéculative. Sa mise en oeuvre a encore été reportée. Cela prouve la complexité du sujet. Cela dit, les banques françaises sont prêtes à ce qu'une réglementation européenne s'inspire de la règle Volcker. L'enjeu est de continuer à avoir une banque de détail solide mais aussi des activités de banque de financement et d'investissement performantes car, paradoxalement, la nouvelle réglementation bâloise va imposer le développement du financement des économies européennes par le marché. Disposer d'acteurs de marché compétitifs est donc un enjeu de souveraineté pour l'Europe.

 
 
 
 
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