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11 février 2011

Rapport sur la prévention et la résolution des crises bancaires


Interview de Pierre de Lauzun, Directeur général délégué de la FBF sur BFM Business le 10 février 2011

 

FABRICE LUNDY

Auparavant l'actualité liée au secteur bancaire nécessairement, avec un rapport aujourd'hui, jeudi après midi remis à Christine LAGARDE, rapport sur la prévention et la résolution des crises bancaires. Que dit ce rapport ? Il se dit notamment défavorable à des exigences de fonds propres supplémentaires pour les établissements dits systémiques. Alors déjà un mot peut-être de sémantique, un mot sur la forme. Parler d'établissements systémiques, c'est-à-dire que sa défaillance mettrait en péril l'ensemble du système financier, est-ce que vous acceptez cette labellisation Pierre De LAUZUN ?


PIERRE DE LAUZUN

Elle a un gros inconvénient, c'est que si vous dites qu'un établissement est systémique vous le distinguez des autres et vous laissez entendre qu'il va avoir un sort spécial. Or, on est quand même ...


FL

Et que les autres sont exempts de tout risque ? Alors que ce n'est peut-être pas forcément le cas.


PDL

Alors, ou que les autres n'ont pas de risque, ou que vous les laisserez tomber, alors que vous sauverez ceux-là. On est dans une économie de marché, on doit faire tout ce qu'on peut pour que les entreprises prennent leur responsabilité. Et justement, soit elles se sécurisent, parce qu'elles veulent éviter d'avoir un problème, soit elles sont surveillées de façon adéquate, mais il y a un principe de responsabilité. Donc nous ne voulons pas une liste d'entreprises dites systémiques avec des dispositifs spéciaux, mais qu'on fasse en sorte qu'on prévienne les crises d'abord et que s'il y en a, on les traite de façon responsable, c'est-à-dire qu'une entreprise qui a failli doit en tirer les conséquences. [...]


FL

Quand ce rapport se dit défavorable à des exigences de fonds propres supplémentaires, vous en êtes évidemment satisfait ?


PDL

Oui parce que la principale question c'est qu'on a déjà augmenté très fortement le niveau de fonds propres qui va être demandé, et on est allé probablement assez haut dans la demande future. Si on rajoute une nouvelle couche, qu'est-ce qu'on va faire ? On va rendre beaucoup plus cher l'exercice de l'activité bancaire, donc un poids pour l'économie en permanence. En réalité, en cas de crise, une couche supplémentaire ne suffirait pas par rapport à une déflagration majeure. Donc on ne répond pas bien. Il nous faut beaucoup plus entrer dans la prévention, c'est-à-dire avoir un système de supervision très exigent. Vous savez la BANQUE de FRANCE et l'ACP, le régulateur, viennent faire des inspections très régulièrement dans les banques. Il n'y a pas beaucoup de pays où ça se fait. Et ça c'est pas toujours agréable pour les banques concernées mais c'est très utile. C'est un bon système. [...]


FL

En France qu'en sera-t-il des bonus versés justement à tous les responsables financiers ?


PDL

Nous avons pris des mesures beaucoup plus tôt. Il faut rappeler que nous avions dès le moment... juste avant Pittsburgh, que ce soit au niveau mondial, c'est nous qui avons mis au point des normes professionnelles qui après - ça a l'air un peu exagéré, mais c'est un fait - ont été généralisées au niveau du G20. Donc on a pris des devants.


FL

Et Michel CAMDESSUS a remis le mois dernier son rapport sur le contrôle des rémunérations, il ressort qu'on est assez sage finalement. Alors pour combien de temps là encore. Et ce changement de culture, de mentalité, combien de temps encore Pierre De LAUZUN ?


PDL

Le grand problème à mon avis n'est pas là, il n'est pas chez nous. Nous sommes dans un marché mondial et dans ce marché mondial tout le monde n'applique pas des règles posées au niveau du G20 ou pas de la même manière.


FL

Marché compétitif, ça veut dire qu'éventuellement eh bien certains qui étaient en France peuvent très bien aller travailler ailleurs.


PDL

Il y a ce risque là, c'est-à-dire que les gens sont attachés à leur pays, beaucoup de traders préfèrent rester en France, mais il y en a beaucoup à Londres aussi. Mais le risque c'est que l'activité elle-même, quel que soit le comportement des personnes, se développe ailleurs, pas nécessairement de façon saine d'ailleurs. Donc les règles qui ont été posées sont des bonnes règles, la grande difficulté c'est les appliquer partout, et aux États-Unis pour le moment elles le sont faiblement. La FDIC, qui est un organisme de contrôle américain, a proposé des règles un peu plus strictes, ça serait bien, mais c'est pas encore adopté, et en Asie disons c'est plus souple.


FL

Qu'est-ce que vous attendez du G20, justement G20 sous présidence française, Cannes, Deauville, enfin Deauville principalement pour le G20.


PDL

Il y a de nouveaux dossiers G20 comme les matières premières, et puis le suivi des anciens dossiers. Dans le suivi c'est clair que les bonus c'était une des mesures. C'était une mesure peut-être plus forte symboliquement mais importante effectivement et on voit bien que l'application en est très variable. Donc il est tout à fait essentiel pour la crédibilité du G20 que quand il décide quelque chose ce soit appliqué partout de manière homogène.


FL

Une mesure symbolique, vous comprenez quand même dans l'opinion publique que des rémunérations puissent être considérées comme trop élevées, puissent être considérées comme un scandale Pierre De LAUZUN ?


PDL

Il est normal que toutes les professions aient une responsabilité sociale et collective. Ca me parait tout à fait important. Mais évidemment le politique est fragmenté, donc la question est de savoir comment le mettre en accord pour faire le mieux possible au niveau où on peut prendre des décisions. La décision doit être au niveau mondial. Alors c'est dur parce qu'on met ensemble des gens totalement différents. Si vous prenez le gouvernement chinois, le gouvernement américain, les Européens c'est complètement différent. Mais c'est le seul moyen d'arriver à progresser. S'il y en a un qui fait tout seul, il est clair qu'il prend le risque très élevé de sortir du jeu. [...]


 
 
 
 
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